De Rerum Novarum à Magnifica Humanitas
135 ans de doctrine sociale, deux révolutions, une seule question.
Lorsque Léon XIII publie Rerum Novarum en mai 1891, l'Église se penche pour la première fois, avec une autorité solennelle, sur l'homme arraché à sa terre, jeté dans l'usine, sommé d'oublier sa dignité au profit du rendement. La révolution industrielle a inventé un travailleur sans visage ; Rerum Novarum le rend à lui-même, à sa famille, à sa communauté.
Cent trente-cinq ans plus tard, Léon XIV publie Magnifica Humanitas. Ce n'est pas un hasard de calendrier, et le choix du nom n'est pas un hasard non plus : une révolution technique, à nouveau, recompose le monde du travail et l'idée même que nous nous faisons de l'humain. À la machine à vapeur succède la machine pensante. À l'usine, l'algorithme. Et la même question, intacte, traverse les siècles : qu'est-ce qu'un homme, quand une autre puissance que la sienne prétend décider à sa place de ce qu'il vaut ?
Entre les deux Léon, treize textes magistériels ont tissé la doctrine sociale de l'Église — une pensée vivante, tenue par chaque pape, ajustée à chaque époque, jamais close. C'est cette filiation que ce premier volet du dossier déploie : non comme une généalogie d'archive, mais comme un fil tendu de 1891 à 2026, qu'on peut suivre, station par station, pour comprendre d'où parle Léon XIV — et pourquoi Magnifica Humanitas, paraissant en juin, ne tombe pas du ciel, mais arrive à son heure.
